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L'objet du mois de juillet 2022 : le trieur à grains 

Reige : grand Trieur à épeautre typique 

de l'Entre-Sambre-et-Meuse

Coll. Écomusée du Viroin

Jean-Jacques Van Mol

Après le battage (l'opération qui permet de séparer le grain de l'épi), le grain est mélangé à toutes sortes d'impuretés dont il faut le débarrasser : paille, balles, terre, poussières, pierres et graines de plantes adventices.



La méthode ancienne : le vannage

Un vanneur, Jean-François Millet

1848

Musée d'Orsay, Paris

Anciennement, la paille était secouée avec des fourches et enlevée à l’aide de râteaux. Ensuite le grain, d’abord rassemblé en tas avec des pelles en bois, était vanné. Le vannage était réalisé avec un van, instrument d’osier en forme de coupe évasée munie de deux anses. En imprimant au van des secousses répétées, on séparait progressivement le grain des impuretés par différence de densités ; la balle pouvait aussi être entraînée par le vent. Cette méthode était efficace mais lente, le rendement était de 45 kilos de grains nettoyés par heure.

L’opération du vannage a été progressivement réalisée à l’aide du tarare qui a considérablement accéléré la rapidité d’exécution : 1200 kilos à l’heure.

Séparation du grain et de la balle par secousses et soufflage à Bonvillars

Bourse aux fruits

Les cribles 

Les cribleuses de blé, Gustave Courbet

1854

Musée des Beaux-Arts, Nantes

Ce tableau représente (de gauche à droite) l'évolution technique du triage : le triage à la main, le criblage, le triage à la machine (tarare)

Le triage manuel des grains était effectué à l’aide de cribles, sortes de tamis dont il existait une grande variété de formes et de dimensions.

Le crible était constitué d’un bâti cylindrique en bois et d’une peau percée de trous calibrés. Le cuir a parfois été remplacé par une tôle métallique.

Il n’était pas rare de repasser au tarare le grain déjà nettoyé pour parfaire son nettoyage avant de le moudre.


En Entre-Sambre-et-Meuse, pour nettoyer l’épeautre, céréale à grains vêtus, on utilisait un tamis d’un type particulier appelé reige, retche en wallon. Le reige était suspendu par son milieu à une poutre de la charpente de la grange. « Plusieurs planches assemblées sur 1m50 de long et 1m de large remplies de trous à y passer le petit doigt et garnies d’un bord de 25cm de haut. On y place l’épeautre peu a peu, et on agite cette machine en tout sens. L’épeautre tombe par les petits trous du reige sur lequel restent les épis non battus et les fétus de paille. Toute l’épeautre ainsi épurée, on la jette au vent d’où il résulte trois sortes d’épeautre… Les autres grains se nettoient de même mais avec un reige dont les trous sont plus petits. » (Thirimont 1812. Société d'Histoire Régionale de Rance, 1980, VI p.121)

Il semble que l’abandon de la jachère, moyen efficace pour combattre les mauvaises herbes, ait eu comme conséquence une augmentation de la proportion de graines d’adventices dans les récoltes. C’est assez dire de quelle importance sont les méthodes et les machines perfectionnées de nettoyage et quel intérêt s’attache à la généralisation de leur emploi.

La mécanisation du triage 

Le tarare

Le tarare est une invention chinoise qui était connue à l’époque Han, il y a 2000 ans. Le tarare apparait en Europe au XVIIème siècle, il est mentionné pour la première fois dans le canton de Zürich en Suisse en 1666. On le trouve ensuite répandu en Hollande, sur les côtes du Rhin dans le Sud-Ouest de l’Allemagne, en Alsace, où il est utilisé pour traiter les grains vêtus, épeautre, sarrasin, orge. En Écosse, il est introduit en 1786 par Meickle, le grand-père de l’inventeur de la machine à battre. En 1845, M. Le Docte faisait remarquer que « l’usage des tarares (en Belgique) s’est, depuis quelques années, beaucoup répandu dans les fermes ; il est même presque devenu pour ainsi dire général. »


Van mécanique ou tarare

Coll. Écomusée du Viroin

Un tarare se compose d’une trémie, d’un ventilateur soufflant sur le mélange à nettoyer pendant son passage sur un crible qui est animé d’un mouvement trépidant. La trémie est située au-dessus de l’appareil, elle reçoit le mélange à nettoyer. À sa partie inférieure, elle est munie d’une ouverture réglable par une vanne qui permet de modifier le débit pendant le passage sur le ou les cribles. Les graines sont soumises à une ventilation énergique provoquée par les ailes du ventilateur enfermé dans le tambour. Ce courant d’air a pour but d’entraîner les matériaux plus légers qui sont expulsés à une extrémité du tarare. Une ventile permet de modifier la direction du courant d’air. Le crible ou châssis est constitué d’un tamis à secousses animé par une tige entraînée par une manivelle solidaire de l’axe du ventilateur. Le calibre des mailles du tamis est déterminé par les dimensions des graines à tararer. Les graines sont ensuite entraînées par gravité sur un plan incliné qui débouche à l’extérieur. La vitesse est de 35 à 40 tours à la minute, le débit de 4 à 44 hectolitres à l’heure avec deux hommes.

Utilisation du tarare

Vent sur l'avoine, Jardins Méheust

Le trieur à grains

Trieur à grains

Coll. Écomusée du Viroin

Au XIXè siècle, le nettoyage du grain a été progressivement réalisé avec un trieur. Le trieur élimine les impuretés, cailloux, semences de plantes adventices, que le tarare n’a pu séparer ; il trie les grains en fonction de leur forme. Ce nettoyage est réalisé avant la mouture ou pour purifier les graines destinées aux semailles.

Le trieur est composé d’une trémie et d’un cylindre légèrement incliné et percé d’orifices. Les grains sont placés dans la trémie dont la partie inférieure est munie d’une vanne régulatrice permettant d’ajuster le débit. Les grains sont conduits vers l’extrémité supérieure du cylindre qui est animé d’un mouvement rotatif continu. Le cylindre, en tôle ou en treillis de fil de fer, est percé d’orifices de calibres et de formes différentes qui sont répartis par catégories sur plusieurs sections de cylindre. Le passage de graines au travers du tamis est conditionné par leur forme et par leur diamètre. Chaque section du cylindre surplombe une trémie destinée à recueillir les grains triés en fonction de leur forme et de leur volume. Les pierrailles sont évacuées par l’extrémité inférieure du cylindre. Les trieurs comprennent le plus fréquemment deux parties. La première extrait les graines longues : orge et avoine, tandis que la seconde sépare les graines rondes : nielle, vesce, etc…


Le trieur alvéolaire

Il existe un modèle de trieur perfectionné, qui fournit un travail très précis appelé trieur alvéolaire. En effet, dans un crible à trous, des graines longues peuvent passer dans des trous ronds, lorsqu’elles se placent debout, et dans des trous longs il peut passer des graines rondes. Le rendement des trieurs agricoles est de 1,5 à 6 hectolitres à l’heure.

Dans le trieur alvéolaire (trieur Marot), l’organe principal est un cylindre en tôle de zinc dont la périphérie est garnie de cavités de dimensions variables suivant les grains à trier. Le cylindre tourne lentement autour de son axe qui est légèrement incliné. En tournant, les alvéoles remontent les graines qui ont pu se loger complètement dans leur concavité. À une certaine hauteur, les graines tombent sur un plan incliné qui les amène à une vis d’Archimède les conduisant à un second cylindre où s’opère un nouveau triage. Les grosses graines qui n’ont pas été prises dans les alvéoles du premier compartiment sont déversées à l’extérieur. Le trieur alvéolaire a été inventé par le français Vachon en 1845.

Trieur alvéolaire

Le Moulin des Garrigues

À la fin du XIXè siècle, l’accroissement de la proportion de mauvaises graines dans les récoltes incite les comices à acquérir des trieurs pour leurs membres. L’achat de cet appareil coûteux ne pouvait être amorti que pour le traitement de quantités importantes, son acquisition n’était effectuée que par les comices ou des associations d’agriculteurs. Dans les grandes exploitations, l’emploi de machines à battre « à grand travail » rendait cet appareil inutile.

Un concours de trieurs a été organisé à Herzele, en Flandre, en 1893.

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